Interactions plantes - médicaments

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Définition

Interactions plantes - médicaments

Mécanismes des interactions plantes - médicaments

  • On peut retrouver les mêmes catégories d’interactions entre plantes et médicaments qu’avec les médicaments entre eux :
    • Interactions pharmacocinétiques : la pharmacocinétique décrit le devenir de la substance active d’un médicament dans l'organisme après son administration
    • Interactions pharmacodynamiques : la pharmacodynamie décrit les effets thérapeutiques, ou toxiques, produits par la substance active sur l'organisme

1 - Interactions pharmacocinétiques

  • Elles peuvent provoquer des modifications au niveau de l’absorption, de la distribution, de la métabolisation ou de l’élimination des médicaments pris concomitamment avec des plantes, ce qui peut entrainer des conséquences déterminantes si les médicaments en cause ont une marge thérapeutique étroite (ou index thérapeutique)
    • Par exemple, une interaction pharmacocinétique pourra entrainer une élimination plus lente ou plus rapide du médicament, ce qui pourra en modifier l’efficacité et la sécurité
  • Les interactions pharmacocinétiques peuvent intervenir à différents niveaux :
    • L’absorption : modification du pH gastrique, formation de complexes, modification du péristaltisme intestinal, inhibition de la glycoprotéine P-gp (voir plus loin)
    • Les sites de fixation de certains médicaments : ils peuvent avoir une affinité préférentielle pour un constituant de plante, avec des risques de surdosage
    • Le foie : inhibition ou induction enzymatique (voir plus loin)
    • Le rein : modification de l’élimination rénale d’un médicament (modification du pH urinaire, de la sécrétion tubulaire, compétition au niveau des sites de transport actif...), peuvent être à l’origine de l’inefficacité du médicament ou de l’augmentation de sa toxicité
  • Les interactions les plus souvent rencontrées passent par une modulation des enzymes responsables de la métabolisation hépatique :
    • La voie des isoenzymes du cytochrome P-450
    • La voie de la glycoprotéine P
    • Les autres enzymes et transporteurs

Les cytochromes P450 (CYP 450)

  • Les cytochromes P450 correspondent au plus important système de métabolisation de phase I des médicaments (et d’une manière générale des xénobiotiques). Ce sont des enzymes qui assurent des réactions d’oxydation (mono-oxygénases).
  • Les cytochromes sont regroupés dans quatre familles principales (CYP1, CYP2, CYP3 et CYP4), subdivisées en sous-familles et isoenzymes, portant leur nombre à plusieurs centaines. Le CYP3A4 est le plus représenté et celui qui biotransforme la plupart des médicaments (environ 50 %)
    • Cinq des isoenzymes sont impliquées dans le métabolisme d’environ 90 % des médicaments les plus couramment utilisés : il s’agit des CYP3A4, CYP2C9, CYP2D6, CYP2C19, CYP1A.
      • Chaque CYP peut métaboliser plusieurs substrats différents (médicaments ou autres molécules), de même qu’un substrat peut être métabolisé par plusieurs CYP.
      • Ces enzymes sont présentes dans le foie principalement, mais aussi dans l’intestin, le rein, le poumon.

La glycoprotéine P (PgP)

  • La glycoprotéine P est une glycoprotéine qui agit comme une pompe d’efflux, mécanisme de défense qui entraîne l’expulsion des xénobiotiques hors de la cellule, par de petites structures moléculaires présentes à sa surface
    • La P-gP agit sur le transport cellulaire au niveau des cellules intestinales, des hépatocytes, des tubules rénaux
      • Du fait de sa localisation à différents endroits de l’organisme, la PGP peut ainsi intervenir à presque toutes les étapes : absorption, distribution et élimination.
      • Comme pour les CYP, l’inhibition de la P-gP contribue à une élévation de la concentration plasmatique de ses substrats (médicaments et xénobiotiques).
      • En cas d’induction de la PgP, c’est bien sûr l’inverse, avec une diminution de la concentration sanguine du médicament.

Autres enzymes et transporteurs

  • Il existe d’autres familles d’enzymes, dits de phase II, comme les UDP-glucuronosyltransférases ou UGT, impliquées dans les réactions de glucurono-conjugaison (ajout d’acide glucuronique à des composés liposolubles)
    • Cette réaction de conjugaison permet de rendre la molécule hydrosoluble, ce qui permet l’excrétion du principe actif par la bile ou l’urine.
      • 35% des médicaments métabolisés par les enzymes de phase II le sont par les UGT, et certaines interactions peuvent impliquer cette enzyme
      • D’autres enzymes de conjugaison (de phase II) sont les N-acétyltransférases (NAT), les glutathion S-transférases (GST) et les sulfo-transférases (SULT)
      • Les OATP (Organic Anion-Transporting Polypeptide) sont une autre famille de transporteurs présents dans tout l’organisme, par exemple dans l’intestin grêle et dans le foie (les deux principaux, OATP1A2 et OATP2B1, assurent le captage des médicaments pour les faire pénétrer dans les hépatocytes)
Induction – inhibition
  • Les constituants des plantes peuvent agir de plusieurs manières au niveau de ces différents enzymes (de phase I comme de phase II) :
    • Ils peuvent induire l’activité de ces enzymes ou transporteurs, ce qui entraînera une accélération du métabolisme et de l’élimination du médicament et une baisse de sa concentration sanguine
      • Trois conséquences cliniques sont possibles :
        • Une augmentation de la formation de métabolites inactifs raccourcira la durée de l’effet thérapeutique, cas le plus courant
        • Une augmentation de la formation de métabolites actifs accentuera paradoxalement l’effet thérapeutique
        • L’apparition de métabolites toxiques entrainera des effets indésirables graves
    • Ils peuvent inhiber l’activité des enzymes ou transporteurs, et ralentir l’élimination du médicament, ce qui conduit à une augmentation de sa concentration sanguine.
      • Deux conséquences cliniques sont possibles :
        • Une augmentation de la concentration en médicament et de la durée de son effet thérapeutique avec un risque de toxicité, cas le plus courant
        • Une diminution de l’effet thérapeutique, plus rarement, si l’inhibition diminue la formation de métabolites actifs

2 - Interactions pharmacodynamiques

  • Elles résultent d’une action des composants issus de plantes sur une cible moléculaire d’un médicament
    • Certains composants peuvent être des agonistes et, dans ce cas, potentialiser l’efficacité du médicament, ce qui peut aussi favoriser l’apparition d’effets indésirables et une certaine toxicité
      • Il sera déconseillé par exemple d’associer une plante à effet antiagrégant avec un médicament anticoagulant.
    • A l’inverse, d’autres composants, agissant sur la même cible que le médicament, peuvent être des antagonistes et diminuer son efficacité, ce qui peut produire des échecs thérapeutiques
      • Ainsi, il faut éviter d’associer une plante immunostimulante avec un traitement immunosuppresseur
    • Certaines interactions sont purement spéculatives en raison de suspicion d’effets pharmacologiques additifs ou antagonistes entre plantes et médicaments
      • Beaucoup de ces activités n'ont en effet été repérées qu'in vitro sur modèles pharmacologiques impliquant une seule molécule

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