Huile essentielle
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Définition
- Huile essentielle = H.E. = HE : Produit résultant de la distillation à la vapeur d’eau (= hydrodistillation) de l'essence végétale, sécrétion naturelle synthétisée par les plantes dites aromatiques, excrétée dans des organes spécifiques (poches à essence), et responsable de l’odeur de la partie de plante concernée [1]
- Définition de la Commission de la Pharmacopée Européenne : « Produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement à la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, soit par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparée de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition ».
- Après distillation, la composition de l’HE est légèrement différente (hydrolyse et oxydation, effets de la chaleur et de l’oxygène)
- Les HE sont habituellement liquides à température ambiante et volatiles, ce qui les différencie des huiles dites fixes (ou grasses)
- Elles sont plus ou moins colorées et leur densité est en général inférieure à celle de l’eau
- Elles ont un indice de réfraction élevé et la plupart dévient la lumière polarisée
- Elles sont liposolubles et solubles dans les solvants organiques usuels, entraînables à la vapeur d’eau, très peu solubles dans l’eau
- Elles sont composées de molécules à squelette carboné, le nombre d’atomes de carbone étant compris entre 5 et 22 (le plus souvent 10 ou 15)
- Les HE sont des mélanges complexes de constituants variés en concentration variable dans des limites définies. Ces constituants appartiennent principalement mais pas exclusivement à deux groupes caractérisés par des origines biogénétiques distinctes : les terpénoïdes et les substances biosynthétisées à partir de l’acide shikimique (donnant naissance aux dérivés du phénylpropane) Source : AFSSAPS [2]
Mode de préparation
- Hydrodistillation : entraînement des molécules volatiles dites "aromatiques" par la vapeur d'eau dans un alambic
- L’eau, portée à ébullition, traverse la masse de plante fraîche ou sèche, et la vapeur qui se dégage se condense dans un serpentin destiné à refroidir le mélange
- L'eau et l'essence végétale n'étant pas solubles, elles se séparent par simple décantation dans un récipient appelé vase florentin. L’huile essentielle, plus légère à quelques exceptions près, surnage au dessus de l'eau florale
- La distillation fournit ainsi deux produits différents, l'huile essentielle et l'hydrolat ou eau florale
- L'eau résiduelle (phase aqueuse) est parfois réinjectée (procédé appelé cohobage ou cohobation) car elle peut encore contenir une faible proportion de certains composés volatils
- L’expression à froid est utilisée pour le recueil de l’essence des zestes d’agrumes (Rutaceae).
- L‘extraction des molécules aromatiques s'effectuera simplement, en brisant mécaniquement les poches à essence
Huiles essentielles dont la vente au public est réservée aux pharmaciens
- La liste des huiles essentielles mentionnées au 6° de l'article L. 4211-1 est fixée ainsi qu'il suit [2] :
- Huiles essentielles de :
- Grande absinthe (Artemisia absinthium L.) ;
- Petite absinthe (Artemisia pontica L.) ;
- Armoise commune (Artemisia vulgaris L.) ;
- Armoise blanche (Artemisia herba alba Asso) ;
- Armoise arborescente (Artemisia arborescens L.) ;
- Thuya du Canada ou cèdre blanc (Thuya occidentalis L.) et cèdre de Corée (Thuya koraenensis Nakai), dits "cèdre feuille" ;
- Hysope (Hyssopus officinalis L.) ;
- Sauge officinale (Salvia officinalis L.) ;
- Tanaisie (Tanacetum vulgare L.) ;
- Thuya (Thuya plicata Donn ex D. Don.) ;
- Sassafras (Sassafras albidum [Nutt.] Nees) ;
- Sabine (Juniperus sabina L.) ;
- Rue (Ruta graveolens L.) ;
- Chénopode vermifuge (Chenopodium ambrosioides L. et Chenopodium anthelminticum L.) ;
- Moutarde jonciforme (Brassica juncea [L.] Czernj. et Cosson).
- Huiles essentielles de :
Normalisation
- Des normes sont publiées régulièrement dans le domaine des huiles essentielles par l'AFNOR
- La commission de normalisation T 75 A de l’AFNOR [3] est chargée d’élaborer des normes, référentiels techniques communs et reconnus, dans le domaine des huiles essentielles
- L’objectif de ces normes est de permettre la caractérisation des huiles essentielles (caractéristiques physiques, organoleptiques, chimiques et chromatographiques) afin d’en apprécier la qualité [4]
- Les normes préparées traitent aussi bien de vocabulaire, de nomenclature, de spécifications (caractérisation) que de méthodes d’essai. L’ensemble des publications est régulièrement révisé, actualisé et complété pour être en accord avec les pratiques de ce secteur d’activité
- Ces normes contribuent à faciliter les échanges commerciaux et à assurer un niveau de qualité minimum acceptable par tous
- Liste des publications sur [5]
- Un autre organisme, L’ONIPPAM (Office National Interprofessionnel des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales) est un établissement public sous la tutelle des Ministères français de l’Agriculture et de l’Economie et des Finances [6]
- L’Onippam suit l’évolution des productions et des marchés des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (ppam) ainsi que les aspects réglementaires les concernant. L’Office organise et soutient des actions en faveur du développement des ppam et des produits issus de leur première transformation (huiles essentielles, hydrolats, extraits, plantes sèches…)
Toxicité
- Neurotoxicité : cétones (thuyone, camphre, pinocamphone, menthone) et lactones, menthol et eucalyptol (1,8-cinéole)
- Risques allergiques : terpènes (sesquiterpènes surtout), lactones, eugénol, cinnamaldéhyde
- Causticité cutanée et muqueuse : phénols, cinnamaldéhyde
- Photosensibilisation : coumarines (furocoumarines ou psoralènes)
- Toxicité gastro-intestinale : phénols (thymol, carvacrol, eugénol) et cinnamaldéhyde, HE piquantes ou soufrées : ail, moutarde, gingembre, curcuma et piments
- Cancérogénicité : méthyl-chavicol ou estragole, safrole, pulégone, béta-asarone
- Hépatotoxicité : coumarines, pulégone, les composés du poivre et des piments à fortes doses
- Grossesse : a priori et par prudence, on doit éviter toutes les HE chez la femme enceinte et chez le jeune enfant
- L’usage interne des HE doit être réservé à la pratique médicale
Propriétés
- Activités anti-infectieuses (antibactérienne, antifongique, antivirale, antiparasitaire, insecticide) documentée par des travaux parfois très anciens, du début du XX° siècle [3], [4], [5], [6], [7]
- Activités préventives et immuno-modulatrices
- Activités anti-inflammatoires
- Activités anticatarrhales : mucolytique, expectorante
- Activités antihistaminiques
- Activités neurotropes : anxiolytique, hypnotique, antidépressive, antalgique, analgésique, antispasmodique (action neuro-végétative)
- Activités de régulation endocrinienne
- Activités digestives : eupeptique, régulatrice de la flore, cholagogue et cholérétique
- Activités vasculotropes : phlébotonique et lymphotonique, anticoagulante et fibrinolytique, hypotensive
- Activités dermatologiques : cicatrisante et anti-agrégante, hémostatique, hyperémiante
Remarques
- La dénomination « Huile essentielle à usage thérapeutique » est réservée exclusivement à l’hydro-distillation (entraînement à la vapeur d'eau)
- Exception faite pour les HE obtenues par expression mécanique (pressage) des écorces ou zestes d'agrumes (Hespéridés, fruits de la famille des Citrus (Rutaceae)
- Dans les produits destinés à la pharmacie et dans les pharmacopées, on trouve parfois le terme aetheroleum ou aeth. accolé au nom botanique de la plante, héritage du temps où le latin était la langue officielle du monde médico-pharmaceutique
- Du fait de leur mode d'obtention, les HE concentrent les molécules de produits phyto-sanitaires (pesticides, organochlorés et organophosphorés), le circuit bio est donc préférable [8], [9]
Bibliographie et liens
- ↑ Valnet Jean. Aromathérapie. Ed. Maloine. Paris. 1964 et nombreuses éditions ultérieures
- ↑ Décret n°2007-1221 du 3 août 2007 modifiant l'article D. 4211-13 du code de la santé publique [1]
- ↑ Morel A, Rochaix A. Inhibiting power of vegetable essential oils to pathogens. Parfumerie moderne. 1927. 19, 184.
- ↑ Morel A, Rochaix A, Sevelinge L. antiseptic and infertilizing actions of mint essences. Compt. Rend. Soc. Biol. 1928. 98, 47.
- ↑ Gatti G, Coyola R. Therapeutic actions of essential oils. Riv. Ital. Essenz. Profuni. 1922. 4, 16.
- ↑ Wiechowski W. Essential oils in medicine. Karlsbader. Aersf. Vortrage. 1926. 7, 484.
- ↑ Harris RS et coll. The germicidal activity of vapors from irradiated oils. 1931. J Bacteriol. 1932. 23(6): 429–435.
- ↑ Schilcher H, Habenicht M. Neue Bestimmungsmethode zum Nachweis von Organochlorpestiziden in ätherischen Ölen und Untersuchungsergebnisse von 110 Ätherischöl-Handelsmustern sowie Fertigarzneimitteln. Pharmazeutische Industrie (Pharm. Ind.) 1998, vol. 60, no3, pp. 249-252
- ↑ Zuin V. G. Vilegas J. H. Y. Pesticide residues in medicinal plants and phytomedicines. Phytotherapy research. 2000, vol. 14, no2, pp. 73-88 (4 p.1/2) http://www.scribd.com/doc/14771370/Pesticide-Residues-in-Medicinal-Plants
- Gattefossé René-Maurice. Aromathérapie – les huiles essentielles, hormones végétales. Éd. Librairie des sciences Girardot, 1937
- Franchomme Pierre, Pénoël Daniel. L’Aromathérapie exactement. Ed. Roger Jollois. 1990
- Morel Jean-Michel. Traité pratique de Phytothérapie. Ed. Grancher, 2008
- Recommandations relatives aux critères de qualité des huiles essentielles. Contribution pour l’évaluation de la sécurité des produits cosmétiques contenant des huiles essentielles. AFSSAPS. Mai 2008. [7]
- Arrêté du 22 janvier 2003 modifiant l'arrêté du 6 février 2001 fixant la liste des substances qui ne peuvent entrer dans la composition des produits cosmétiques. JORF n°30 du 5 février 2003 page 2191 texte n° 26. ARRETE NOR: SANP0320204A [8]
- the International Fragrance Association [9]
- Normes ISO (Agence Internationale de Normalisation) , critère d'autorisation pour les substances odorantes naturelles : norme ISO 9235 [10]
- Pharmacopée Européenne [11]
